Entre rêve éveillé et rêve nocturne

Un article de Laurence Dardenne paru dans La Libre Belgique le 26 janvier 2011.

L'hypnose est avant tout une pratique médicale. Aux potentialités nombreuses. Pour traiter tant les problème physiques et psychologiques. Explications.

C'est lors d'un stage de psychosomatique, alors qu'il est encore étudiant en médecine à l'hôpital universitaire de Genève, qu'il découvre l'hypnose. "Je me suis rendu compte que l'on y avait recours à tous les étages de l'hôpital, que ce soit en anesthésie, en chirurgie, en psychiatrie, en pédiatrie, en psychosomatique... Ce fut une très grosse découverte", nous avoue le Dr Eric Mairlot. "À l'époque, je souffrais de migraine ophtalmique, poursuit-il, j'ai donc demandé s'il était possible de me traiter par hypnose. Deux mois plus tard, j'en étais débarrassé". Il n'en aura guère fallu davantage pour que ce neuro-psychiatre bruxellois, qui a poursuivi sa formation, à Paris et aux Etats-Unis, notamment en hypnose ericksonienne - aujourd'hui appelée "nouvelle hypnose" - devienne spécialiste dans ce domaine où il affiche à présent 26 années d'expérience.

Que sait-on du fonctionnement hypnotique ? 
La Pr Marie-Elisabeth Faymonville, anesthésiste à l'Hôpital universitaire de Liège a fait une thèse d'agrégation sur l'hypnose. Dans son travail, elle a pu démontrer à l'aide d'un scanner que le fonctionnement hypnotique est différent de la relaxation, du sommeil, de la méditation et qu'il s'agit bien d'un état bien particulier où l'on réussit à augmenter très fortement le fonctionnement de certaines parties du cerveau pour produire un changement psychosomatique. Si l'on augmente las capacité du cerveau à réguler la vascularisation des vaisseaux crâniens , on peut supprimer les migraines. Si, toujours par suggestion, on demande au cerveau de diminuer l'acidité gastrique, on peut guérir un ulcère de l'estomac. 

En faisant, en l'occurence, par exemple quel type de suggestion ? 
J'ai obtenu la toute première guérison du colon spastique - ces crampes qui peuvent donner diarrhées, constipations, ballonnements... -, en faisant imaginer à la patiente qu'elle buvait une tisane. Après en avoir bu une gorgée, en l'espace de quelques dizaines de secondes, ses borborygmes intestinaux se sont arrêtés, simplement en lui suggérant qu'une tisane allait relaxer les muscles lisses de côlon. Après une minute de silence complet, je lui ai dit qu'une gorgée n'était pas suffisante et que les bruits allaient reprendre. Et ce fut le cas. Je lui ai alors demandé de vider la tasse - imaginaire, bien sûr-, tout en lui disant que cet effet allait durer au minimum jusqu'au e-lendemain matin, ce qui s'est passé.  

Quelle est l'explication ? 
Il semble que le cerveau puisse utiliser le pouvoir de certaines suggestions ou images pour produire un refonctionnement naturel du corps. On se rend compte que, par l'hypnose, le pouvoir des mots permet aux capacités d'autoguérison d'être stimulées dans le bon sens et d'ainsi réduire un grand nombre de problèmes, que ce soit de peau, d'allergies, d'asthme... Le cerveau humain est donc vraiment capable de recevoir un message, pour autant qu'il soit bien donné. Tout l'art du thérapeute consiste précisément à trouver les bonnes images qui auront un impact sur le cerveau et qui vont produire une augmentation des capacités de guérison.

En terme de délai, quels résultats peut-on espérer ? 
Un problème peut être résolu en deux ou trois séances pour peu qu'un paient apprenne rapidement l'auto-hypnose, alors que pour un autre, cela peut prendre un an, comme pour un problème d'agoraphobie. D'après un article paru il y a une dizaine d'années dans The Lancet, 7 séances en moyenne suffisent à guérir 85 % des côlons irritables résistant à toute médication.

Y a-t-il des pathologies pour lesquelles l'hypnose s'avère plus efficace et d'autres où elle ne donne pas de résultats ? 
Elle est particulièrement probante pour toutes les pathologies fonctionnelles, comme les acouphènes, les douleurs d'origine organique… L'hypnose peut traiter les dysfonctionnements du corps mais non les lésions. On ne peut pas traiter un cancer, par hypnose ; on peut en revanche soulager les douleurs qui y sont liés ou les nausées, voir la perte de cheveux. S'il ne faut évidemment pas espérer guérir une sclérose en plaques par hypnose, on peut traiter par hypnose la gestion émotionnelle et ainsi espacer les rechute voire en diminuer l'intensité.

Sur un plan psychologique, l'hypnose ne fonctionne pas bien chez certaines personnes ayant un trouble de la personnalité ou une maniaco-dépression ; en revanche, nous avons de très bons résultats pour les troubles anxieux comme les phobies.  

Quelle est la place de l'hypnose ? Faut-il l'envisager comme un complément ? 
Cela dépend des cas. Pour les acouphènes, par exemple, c'est le traitement de choix, qui se suffit à lui-même. Pour le côlon irritable ou certaines gastrites, également. Dans le cas de l'asthme, on peut espérer, grâce a l'hypnose, une diminution progressive des médicaments à mesure que le patient retrouve le contrôle de ses poumons. L'idée est en effet d'arriver à ce que le patient retrouve le contrôle du fonctionnement de l'organe (les poumons mais aussi le cœur, la peau…) de manière indirecte, c'est-à-dire par la pensée ou l'imagerie mentale plutôt que par la volonté.  

Tout le monde est-il réceptif ? 
Lors des ateliers, généralement, tout le monde arrive à faire de l'auto-hypnose. Par contre, en individuel, deux ou trois séances sont parfois nécessaires. Hypnotiser quelqu'un contre son gré est impossible. L'hypnose et de l'auto-hypnose. Le thérapeute qui fait de l'hypnose avec quelqu'un va en réalité aider cette personne a trouvé ses propres chemin d'entrer en auto-hypnose ; il le guide dans sa découverte, ou sa redécouverte. Il lui apprend à retrouver les capacités auto-hypnotique de son enfance ou de son adolescence ; c'est-à-dire à augmenter le champ des fonctionnements indirects. On arrive ainsi à corriger des traumatismes psychologiques.

Qu'est-ce que l'hypnose n'est pas ? 
Ce n'est pas de la relaxation même si, en état hypnotique, la relaxation vient souvent d'elle-même. Il faut savoir aussi que l'hypnose n'est pas un état où l'on est inconscient. On développe en réalité un champ de la non-conscience qui ne fonctionne pas par la volonté, mais bien par des pensées, des images, des idées… On développe un état modifié de conscience où l'on est en partie coupé de la réalité extérieure pour être beaucoup plus centré sur un fonctionnement intérieur que ce soit d'un organe, d'une pensée, d'une émotion… ; c'est un état où la conscience est toujours là mais où le champ est focalisé. L'esprit critique est toujours présent mais privilégie le fonctionnement de l'expérience mentale. On pourrait dire qu'en hypnose, on se situe entre le rêve éveillé et le rêve nocturne.

Quels sont les motifs de consultations les plus fréquents ? 
En majorité, des problèmes émotionnels : troubles anxieux, gestion du stress, des émotions, problème de confiance en soi, de colère, d'impulsivité… Cela dit, nous traitons par hypnose tant des problèmes comportementaux (boulimie, dépendance, tabagisme, alcoolisme, Drogue…), Que des problèmes psychologiques ou sexologiques (séquelles de traumatismes d'un car-jacking ou d'un viol), des problèmes psychiatriques (états dépressifs, anxieux, attaques de panique, stress, anxiété, TOC, insomnies, phobies, etc.) ou des dysfonctionnements somatiques (douleurs aiguës ou chroniques, migraine et autres problèmes neurologiques comme les tics, allergies et autres problèmes dermatologiques, arythmies cardiaques, spasmophilie, excès de poids, etc.)...

Epinglé

Concentration intense

Comment hypnotise-t-on ? On parle de concentration intense. Lorsqu'on focalise son attention sur un point, le champ visuel se rétrécit. La concentration augmente. Il se produit donc petit à petit une dissociation par rapport à la réalité extérieure mais aussi vis-à-vis des pensées habituelles. On peut alors diriger cette concentration à l'intérieur de soi pour travailler un problème somatiques, psychosomatique ou psychologique.

État modifié de conscience. « On réalise que de nombreuses pathologies sont des états modifié de conscience ; ce sont des auto-hypnose négative, explique le docteur Eric Mairlot, neuropsychiatre, comme la phobie, la boulimie… Quelqu'un qui a la phobie des araignées, par exemple, aura une prédisposition auto-hypnotique à repérer une araignée même à 15 mètres. Il va s'hypnotiser sur l'araignée ; des autosuggestions ou des pensées automatiques liées aux dangers vont venir ; il va produire une angoisse car l'auto-hypnose est un état modifié de conscience où la pensée va avoir un pouvoir émotionnel négatif. S'ensuit un comportement de fuite automatique de type hypnotique ».

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Presse écrite

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